dimanche 16 octobre 2016

L'homme moderne régresse



Prenez le train, la voiture, l'avion, le fax, la radio, le téléphone ou encore la télévision et vous vous apercevrez qu'aucune de ces inventions n'aura autant influé sur notre façon d'être, de faire et de penser que l'apparition des smartphones. La majorité des gens sont devenus esclaves de leur smartphone et ne s'en rendent même pas compte. Au Royaume-Uni, on a calculé que le smartphone était consulté en moyenne pas moins de 222 fois par jour. En 2013, l'australien Alex Haigh, un étudiant de 23 ans, inventa un néologisme pour ce nouveau comportement : le phubbing. Contraction de "phone" (téléphone) et "snubbing' (snober), le phubbing est ce que j'appelle une pathotechnologie, c'est à dire une hyper connexion maladive au monde technologique et digital qui consiste à prêter plus d'attention à son smartphone (plus exactement au contenu électronique qui se trouve dedans) qu'aux personnes et aux situations se trouvant en face de nous dans la vraie vie. Cette manie d'épier de manière insatiable et hypnotique la vie des autres et de délaisser la ou les personnes physiquement présentent à nos cotés en temps réel est surement la pathologie humaine la plus répandue aujourd'hui dans les sociétés modernes. C'est un mal qui s'est insinué partout, que ce soit dans les diners, les apéros, les réunions, devant la télévision, au cinéma et même jusque dans le lit. Selon une enquête vodafone, 36% des britanniques se disent prêts à répondre à un appel pendant l'acte sexuel, et une européenne sur cinq affirme consulter son portable lors de l'accouplement.

Pour contrer ce fléau, certains réfléchissent et proposent des solutions surprenantes. Un restaurant à Los Angeles a par exemple décidé d'offrir une ristourne de 5% à tous les personnes qui acceptent de laisser leur mobile à l'entrée de l'établissement. Mais la solution qui se démocratise le plus outre atlantique c'est le phone stack (littéralement : pile de téléphones). Que ce soit dans un bar ou un restaurant, le phone stack est un jeu qui commence une fois que la commande des plats est passée. Tous les invités doivent alors empiler leur téléphone face caché les uns sur les autres. Le premier qui consulte son téléphone au cours du repas paye l'addition. Cet acte qui peut paraitre amusant pour certains démontre en réalité un profond signe de réceptivité et de respect face à ses interlocuteurs. Sous la forme de jeux, le véritable but de cette démarche est de retrouver une sociabilité réelle, de réapprendre aux gens à être plus attentif et plus soucieux des gens qui les entourent.

Chose alarmante, vivre sans son smartphone est aujourd’hui totalement inenvisageable pour la majorité des utilisateurs, à tel point qu'une nouvelle phobie est née, la nomophobie. Contraction de "no mobile phobia", la nomophobie est la peur de se retrouver sans son téléphone mobile. Ce phénomène ne concerne pas une minorité d'utilisateurs bien au contraire. Selon une étude britannique menée en 2012, 66% des utilisateurs sondés avouaient être nomophobes. L'étude ne prend évidemment pas en compte le pourcentage de gens qui n'ont pas voulu avouer être nomophobe durant le sondage. Pourtant même sans eux, bien plus de la majorité des gens avouent être nomophobe. Cette phobie est très sérieuse, elle est aujourd'hui considérée comme une maladie faisant partie des pathologies communicationnelles.  Beaucoup d'utilisateurs sont tellement accro à leur smartphone qu'ils peuvent présenter des symptômes tels qu'une respiration courte, des nausées, des tremblements et un rythme cardiaque accéléré s'ils ne peuvent pas l'utiliser, voir même être victime d'attaques de panique.

"La nomophobie provoque des troubles psychologiques entrainant un besoin excessif, incontrôlable voir obsessionnel d'utiliser un téléphone au point d'y consacrer tant de temps et d'énergie, que l'objet et son utilisation finissent par interférer négativement avec la vie quotidienne, professionnelle ou affective du sujet qui peut développer une anxiété, parfois phobique et ou/ une dépression qui vont indirectement aussi affecter son entourage."

Aujourd'hui on le constate tous, la plupart des gens ne peuvent même plus assister à un concert sans le besoin viscéral de le filmer avec leur téléphone, c’est à dire de littéralement se bloquer la vue de la scène et masquer le concert qui se déroule devant leurs yeux en véritable haute définition et pour lequel ils ont payé, pour à la place le regarder sur un écran minuscule et gêner la vue de ceux qui ont payé pour réellement voir l’artiste sur scène et pas sur des écrans de smartphones ou tablettes. Les personnes qui filment des concerts le font pour pouvoir ensuite les re-regarder sur écran, l'ironie est qu'ils n'ont en réalité jamais assisté au concert en question sans l'intermédiaire d'un écran. Même si le concert est filmé ou que quelqu'un d'autre le filme, cela ne compte pas, le "drogué" a besoin de filmer le concert avec SON téléphone, il s'agit encore de lui, il a besoin de montrer aux gens ce qu'il était en train de faire. A ce propos, la chanteuse new-yorkaise Alicia Keys vient de faire appel à la star-up Yondr (déjà utilisé par l'humoriste Louis C.K lors de ses spectacles), afin d'empêcher ses fans d'utiliser leurs téléphones cellulaires lors de ses concerts. A l'entrée de chacun de ses spectacles sera désormais distribuée une pochette plastique dans lequel les invités devront glisser leur smartphone. Cette dernière se verrouillera automatiquement (à l'aide d'un mini disque métallique) dès la porte d'entrée de la salle de concert franchie.

L'asservissement aux nouvelles technologies

Je ne peux aborder l'asservissement et l'aveuglement de l'homme à la technologie sans parler du très célèbre film Matrix. Sorti en 1999, ce chef d'oeuvre cinématographique dépeint avec virtuosité un monde futuriste où les humains naissent esclaves de machines et cela sans même en avoir conscience. Matrix est pour moi le film le plus intéressant jamais réalisé car il reste une source constante de réflexions sur notre société et sur notre condition d'être humain. En plus d'avoir su mêler d'innombrables références mystiques, littéraires et religieuses, le film aborde un  nombre incroyable de thèmes importants comme la notion de libre arbitre et de choix mais aussi la foi, la réalité et l'illusion. Il traite également des rêves, de l'amour, des dangers de notre évolution et du progrès technologique, de l'intelligence artificielle ou encore de la désincarnation de l'homme par une société automatisée, mécanisée et digitalisée, Faisant office de mise en garde, ce film traite surtout de l'aliénation des humains par les machines ; aliénation qui dans le film est aussi bien physique que mentale. En plus de tous les thèmes cruciaux décrit précédemment, Matrix a su également se placer comme une critique sociale implicite et sous-jacente du système de contrôle institutionnalisé mis en place par l'oligarchie mondiale (les institutions financières, les multinationales et les gouvernements) et auquel les gens ont accepté de se soumettre.

Bien avant Matrix, Samuel Butler, écrivain britannique du XIXe siècle, nous avait déjà pourtant mis en garde contre ce danger.  Le 13 juin 1863, il publia dans le journal néo-zélandais "The Press" un article intitulé : "Darwin parmi les machines". Près de 200 plus tard, son message reste profondément contemporain. Voici ce qu'on peut y lire : "Jour après jour, cependant, les machines gagnent du terrain sur nous ; jour après jour nous leur sommes plus asservis ; chaque jour de plus en plus d’hommes sont liés à elles comme des esclaves pour s’en occuper, chaque jour un plus grand nombre d’hommes consacrent l’énergie de toute leur existence au développement de la vie mécanique. L’aboutissement n’est qu’une question de temps, mais aucune personne douée d’un esprit sincèrement philosophique ne peut douter un seul instant que l’heure viendra où les machines détiendront la véritable suprématie sur le monde et ses habitants."

Pour en revenir aux réseaux sociaux et aux smartphones et faire un parallèle avec le film Matrix, on peut voir qu'ils modifient inexorablement notre perception du réel (comme la Matrice), rendent addicts leurs utilisateurs qui deviennent alors dépendants des machines qui les divertissent et les hypnotisent (comme la Matrice) au point qu'ils ne s'intéressent plus à la réalité du monde assujettie par l'oligarchie qui leur fournit toujours plus d'objets de distraction afin qu'ils ne prennent pas le temps de se documenter et de se rebeller. Tout cela montre à quel point la dénonciation du film Matrix est juste et touche plusieurs niveaux. 

Dans Le Meilleur des Mondes écrit en 1931, Huxley fait la même constatation en disant : 

"La dictature parfaite serait une dictature qui aurait les apparences de la démocratie, une prison sans murs dont les prisonniers ne songeraient pas à s'évader, un système d'esclavage où, grâce à la consommation et au divertissement, les esclaves auraient l'amour de leur servitude."

En 1958, dans Retour dans le Meilleur des Mondes, Huxley se fera encore plus précis et écrira la tirade suivante : 

"Sous la poussée d'une surpopulation qui s'accélère et d'une sur-organisation croissante et par le moyen de méthodes toujours plus efficaces de manipulations des esprits, les démocraties changeront de nature. les vieilles formes pittoresques, élections, parlements, Cours suprêmes, et tout le reste demeureront, mais la substance sous-jacente sera une nouvelle espèce de totalitarisme non violent. Toutes les appellations traditionnelles, tous les slogans consacrés resteront exactement ce qu'ils étaient au bon vieux temps. La démocratie et la liberté seront les thèmes de toutes les émissions de radio et de tous les éditoriaux. Entretemps, l'oligarchie au pouvoir et son élite  hautement qualifiée de soldats, de policiers, de fabricants de pensée, de manipulateurs des esprits, mènera tout et tout le monde comme bon lui semble."

Comment expliquer alors que les hommes, en plus de se résigner à la soumission, servent les tyrans avec leur plein consentement? En 1547, Etienne de la Boétie, tout juste 17 ans répondit à cette question en disant deux choses. Premièrement il expliqua très justement que la dictature ne reposait pas sur la répression mais avant tout sur la dépossession volontaire des citoyens de leur liberté. Deuxièmement il expliqua : « qu’on ne regrette jamais ce que l’on n’a jamais eu ». Pour lui, la première raison pour laquelle les hommes servent volontairement, c’est « parce qu’ils naissent serviteurs (serfs) et qu’ils ont toujours été élevés comme tels. » « L’homme qui connaît la liberté n’y renonce que contraint et forcé mais ceux qui n’ont jamais connu la véritable liberté servent sans regret et font volontairement ce que leurs pères n’auraient fait que par contrainte. » Ce qui rappelle les mots de Morpheus à Néo lorsqu'il lui dit : « Tu n’es qu’un esclave Neo, comme tous les autres tu es né enchaîné. » Pour sortir de cette emprise disait de La Boétie, il faudrait alors sortir de l’habitude.

Si vous avez vu le film Matrix vous ne pouvez que vous rappeler la fameuse scène où Morpheus explique à Néo ce qu'est la Matrix et qu'il lui donne ensuite à choisir entre la pilule bleue et la pilule rouge.  

"La matrice est universelle, elle est omniprésente. Elle est avec nous ici en ce moment précis. Tu l'as vois chaque fois que tu regarde par la fenêtre ou lorsque tu allumes la télévision. Tu ressens sa présence quand tu pars au travail, quand tu vas à l'église ou quand tu paies tes factures Elle est le monde que l'on superpose à ton regard pour t'empêcher de voir la vérité (...) Choisis la pilule bleue et tout s'arrête, après tu pourras faire de beaux rêves et penser ce que tu veux. Choisis la pilule rouge : tu restes au Pays des Merveilles et on descend avec le lapin blanc au fond du gouffre".

Combien d'entres-vous en regardant ce passage se sont projetés dans cet univers et se sont dit avec présomption que si cela vous arrivez, vous auriez assurément pris la pilule rouge car vous êtes quelqu'un de fort, curieux, refusant le mensonge et préférant vivre dans la vérité et la vraie vie aussi dure soit-elle? En réalité pour la plupart d'entre vous qui me lisez, votre comportement quotidien et la (non) compréhension que vous avez face aux problèmes de ce monde traduisent plutôt un parfait désintérêt et une indifférence la plus totale. Le fait que vous ne vous sentiez pas tellement concernés par ce qui se trame, que vous n'y saisissez rien ou pas grand chose et que vous vous trouvez sans cesse une excuse pour ne pas prendre du temps pour tenter de comprendre la situation et essayer de réfléchir à des solutions, démontre que vous êtes probablement quelqu'un d'individualiste (car conditionné avec succès par le système), centré sur votre petite vie et la plupart du temps indifférent au monde dans lequel vous vivez et trop feignant pour tenter de changer quoique ce soit. Vous auriez donc en réalité très probablement pris la pilule bleue, celle qui permet de continuer à vivre dans l'ignorance car c'est agréable. Cela n'est pas s'en rappeler le personnage de Cypher dans le film qui regrette d'avoir pris la pilule rouge et qui va tout faire pour oublier la vérité et retourner vivre dans la Matrice qu'il sait pourtant illusoire. "Bien sûr, je sais que ce steak n'existe pas. Je sais que lorsque je le porte à ma bouche, la Matrice dit à mon cerveau qu'il est juteux et délicieux. Mais au terme de neuf années (en dehors de la Matrice), savez-vous ce que j'ai compris? L'ignorance c'est le bonheur." C'est d'ailleurs exactement ce que pensait Nietzsche qui n'était pas un fan inconditionnel de la vérité et qui précisa sa pensée à ce sujet à plusieurs reprises. "Ce qui importe, ce n'est pas tellement ce qui est vrai, mais ce qui aide à vivre" disait-il.  Ou encore :  "La vie a besoin d'illusions, c'est-à-dire de non-vérités tenues pour des vérités."

Personnellement je ne suis pas d'accord avec cette façon de pensée, connaître la vérité pour moi est essentiel mais on ne peut que constater la justesse de la description de Nietzsche puisque pour le moment c'est exactement comme ça que le majorité des gens fonctionnent. Churchill l'avait également remarqué lorsqu'il déclara : "Tous les êtres humains trébuchent un jour sur la vérité. La plupart se relèvent rapidement, secouent leurs vêtements et retournent à leurs préoccupations, comme si de rien n'était." Mark Twain lui disait : "La vérité est plus éloignée de nous que la fiction."

Bon nombre d'esprits illustres au cours des siècles ont tout de même confirmé qu'ils préféraient la vérité au mensonge aussi confortable soit-il. 

"Les vérités qu'on aime le moins apprendre sont celles que l'on a le plus intérêt à savoir". 
Kodo Sawaki, un des plus grands maîtres du bouddhisme zen japonais du siècle dernier 

"C'est souvent lorsqu'elle est le plus désagréable à entendre qu'une vérité est le plus utile à dire."
André Gide

"Je préfère une vérité nuisible à une erreur utile. Si mille personnes croient en une stupidité, elle reste quand même une stupidité".
Johann Wolfgang von Goethe

"L'erreur ne devient pas vérité parce qu'elle se propage et se multiplie ; la vérité ne devient pas erreur parce que nul ne la voit. Par sa nature, la vérité porte l'évidence en soi. Dès qu'on a débarrassé des toiles d'araignées de l'ignorance, elle brille avec éclat."
Mahatma Gandhi

"Le courage c'est de chercher la vérité et de la dire."
Jean Jaurès

"Dites ce que vous avez à dire et non ce que vous devez dire, n'importe quelle vérité vaut mieux que faire semblant."
Henry D. Thoreau
fondateur de la Désobéissance civil qui inspira Martin Luther King ou Gandhi


L'accès aux technologies peut s'avérer dangereux

Le progrès technologique et les machines sont censés libérer les hommes et les soulager dans certaines tâches pénibles trop dures, trop longues ou trop complexes. Elles sont également censées l'aider à devenir plus intelligent en lui favorisant l'accès au savoir et à la connaissance. Le problème en réalité ce n'est pas la technologie mais le fait que la majorité des humains s'en servent de manière futile.

Sans une acquisition solide de savoirs et un développement profond de ses connaissance, de sa façon de penser et de raisonner, l'accès aux technologies peut être dangereux. Beaucoup de cadres dirigeants d'entreprises de la Silicon Valley telles que Google, Yahoo, Apple, Hewlett-Packard ou Ebay le savent parfaitement et ont à ce titre inscrit leurs enfants (de 3 à 18 ans) à la Waldorf School of Peninsula, une école situé à Los Altos, à une petite dizaine de kilomètre de San Franciso. Dans cette école il n'y a ni écran, ni ordinateur ; seulement du papier, des crayons, des livres, des tableaux noirs et des craies ; les téléphones portables sont également interdits. Selon la direction de l'école la technologie représente une menace pour la créativité, le comportement social et la concentration des élèves. En 2010, Steve Jobs avait admis au New York Times que ces enfants n'avaient jamais utilisé d'iPad. Chez Evan Williams, un des fondateurs de Twitter, les enfants n'ont ni tablettes ni smartphones. Chris Anderson, ancien rédacteur en chef du magazine "Wired", magazine à la pointe sur les technologies, à quant à lui admis qu'il ne tolérait aucun écran d'ordinateur dans la chambre de ses enfants. En d'autres termes ces dirigeants sont semblables aux gros dealeurs qui inondent le monde de leur drogues mais qui mettent leurs enfants à l'abris de cette drogue.

Un sondage alarmant d'eMarketer du début 2013 nous a appris que les américains passaient désormais plus de temps sur Internet que devant la télévision. Chaque jour, les Américains de plus de 18 ans passent en moyenne 5h09 sur Internet et 4h31 devant leur poste de télévision. Autre enseignement du sondage, les lecteurs passent de moins en moins longtemps à lire un journal papier. Entre 2010 et 2013, le temps consacré aux journaux et magazines est passé de 50 minutes à seulement 32 minutes. Au total, on apprend que le temps passé par les Américains sur tous les médias confondus a augmenté en passant de 10h46 à 11h52 en moyenne par jour en trois ans. Une journée ne faisant que 24 heures, on peut se demander comme les américains arrivent à travailler, échanger, dormir et manger tout en passant autant de temps sur les médias. La réponse est qu'ils utilisent désormais bien plus les dispositifs mobiles (smartphones et tablettes), ce qui leur permet de faire plusieurs choses en même temps comme pianoter leur smartphone, manger et regarder la télévision ou écouter la radio, le fameux multitâche qui en réalité abruti les gens.

Common Sens Media, une organisation américaine à but non lucratif qui étudie les rapports entre l'éducation des enfants et le multimédia a mené quant à elle une étude sur la consommation multimédia auprès de 2600 jeunes de 8 à 18 ans. L'étude révèle que les adolescents consacrent en moyenne 9 heures chaque jour aux multimédias. Les jeunes aux Etats-Unis passent donc plus de temps sur leur ordinateur, smartphone ou devant la télévision qu'à étudier ou dormir. Les préadolescents, de 8 à 12 ans sont un peu moins concernés, avec six heures en moyenne. Les pré-ados ("tweens") passent en moyenne plus de 4 heures et demi devant un écran et les ados plus de 6 heures et demi. Précisions que ces chiffres concernent uniquement leurs temps de loisirs. Il ne tient donc pas compte de l'usage des écrans pour l'école et les devoirs à la maison. C'est d'ailleurs la même chose en France où les enfants passent aujourd'hui plus de temps devant un écran qu'à l'école. Selon le rapport de l'Institut Montaigne publié en mars 2016 intitulé : "Le Numérique pour réussir dès l'école primaire", un enfant de 10 ans passe en moyenne 2h50 par jour devant un écran, soit plus de 1000 heures par an contre seulement 864 heures par an sur les banc de l'école. Toujours en France, une étude a montré qu'entre l'âge de 8 et 18 ans, les jeunes vont de manière récréative (donc sans compter l'utilisation pour les études) passer en moyenne 7 heures par jour devant leur écran (films, consoles, ordinateurs, tablette et téléphone) soit 3 mois et demi par an ; ce qui fait au total 24 ans de leur vie sur une vie de 80 ans d'espérance de vie. Ces 24 ans c'est d'ailleurs uniquement si l'enfant ne dort pas, ne mange pas et ne va pas aux toilettes. Si on compte en terme de vie éveillée en comptant 7h de sommeil par nuit, ces enfants auront passé à la fin de leur vie, 32 ans devant les écrans.

Autre élément auquel personne ne semble s'intéresser, les écrans dans les foyers font baissés drastiquement le niveau de langage. Un enfant qui vit dans une maison avec un écran de télévision entend en moyenne deux fois moins de mots que les autres enfants. Des études menées notamment par Harvard ont montré qu'un jeune issu d'un milieu favorisé mais vivant dans une maison avec une télévision apprendra 7% de mots en moins par heure consommé de télévision. Ce jeune aura au final le même niveau de développement langagier qu'un enfant autrement plus défavorisé.

L'autre problème encore moins connu des écrans et qu'ils permettent aux enfants de ne plus s'ennuyer. Or l'ennui est fondamental dans le développement des zones associées à l'imaginaire et à la créativité. Pensez à toutes les choses que vous avez faite enfant lorsque que vous ennuyiez! A cause de la flemmardise des parents, les enfants sont aujourd'hui mis devant une télévision ou une tablette qui les lobotomisent et les rends littéralement débiles.

Une fois devenu adulte, la majorité des jeunes une fois diplômés ne lisent plus de contenus enrichissants. De manière générale les jeunes aujourd'hui ne se documentent plus ou n'étudient plus à moins que cela soit nécessaire pour pouvoir passer un concours, réussir des examens d'études ou leur apporter à terme un emploi qui bien souvent n'est pas une vocation mais une simple insertion dans le système existant. Combien de jeunes aujourd'hui décident d'utiliser leur temps libre pour étudier en profondeur des domaines seulement dans le but d'en savoir d'avantages sur le monde qui les entoure? Très peu. Ils n'ont pas le temps disent-ils... Les gens vaquent à leurs occupations hédonistes, ils travaillent pour avoir de l'argent afin de tout d'abord payer leur loyer, se nourrir et se vêtir. Quand ils ne travaillent pas, ils se détendent, s'amusent en dépensant le reste de leur argent dans des distractions que ce soit des sorties, des voyages ou en achetant des produits de toutes sortes dont ils n'ont souvent pas besoin. 

Les réseaux sociaux

Depuis une dizaine d'années les gens passent également une grande partie de leur journée ou de leur nuit sur les réseaux sociaux tels que Facebook, Twitter et Instagram. Trois réseaux sociaux qui de prime abord ne reposent pas sur l'être et la réflexion mais plutôt sur le paraître et l’instantanéité, l'information concise négligeant de fait toutes tentatives de véritables échanges constructifs (ce que permettait auparavant les correspondances, les lettres ou tout simplement les vraies discussions).

Facebook ou Instagram reposent effectivement sur l'instantaneité car ils fonctionnent tout deux aux likes ou aux commentaires succincts. De leur côté les snaps sont instantanées, les videos Vine font cinq secondes et les twits ne doivent pas excéder plus de 135 caractères. Ces réseaux sociaux ne sont donc pas à priori des lieux propices à la réflexion et cela se confirme très vite. Sur Facebook, la moindre personne faisant preuve d’un tant soit peu de raisonnement et de profondeur dans ses posts écrits est alors immédiatement perçue comme une personne qui au choix "se prend la tête", une personne qui "écrit des pavets", une personne lourde, râleuse ou encore "trop intellectuelle" ; une personne qui veut se faire remarquer, une personne qui pavane, une personne méprisante, une personne en colère ou révoltée, une personne qui "cherche le débat" et qui dans tous les cas se permet d'entraver le coté fun et détente de ce réseau social. 

En lisant les posts de ce genre d'individus (dont je fais clairement parti), bon nombre de personnes pensent que Facebook n'est pas le lieu approprié pour débattre profondément des problèmes de la société. Partons du principe que ces gens là aient raison, la question qui se pose alors est : Où se trouve ce lieu pour parler des choses importantes?! Lorsque tu proposes alors à des gens de ton entourage de te rejoindre un jour dans la semaine (sur leur temps libre) pour parler d'un sujet grave de la société, ils te répondent bien souvent à l'unisson qu'ils ne connaissent pas grand chose à ce sujet ou alors qu'ils n'ont pas le temps en ce moment pour parler de ça ou pas le temps de s'y intéresser. Ils n'ont pas le temps de s'y intéresser à juste titre puisqu'ils font parti d'un système qui les formatent et les poussent à travailler minimum 35 heures. Après une dure semaine il est parfaitement compréhensible de ne pas avoir la force et l'envie de s'intéresser aux problèmes de la société (ce système de contrôle n'a pas été pensé par des imbéciles, bien au contraire) ou tout simplement au monde. Ce que je ne comprends pas en revanche ce sont les gens qui disent ne pas avoir le temps de s'y intéresser alors qu'ils ont le temps pour tout un tas d'autres choses. Je préfère quelque part les personnes indifférentes honnêtes qui elles avouent sans complexe ne pas vouloir s'y intéresser. Les personnes de mauvaises fois prétendent ne pas avoir le temps de se cultiver et de s'interroger sur un problème sociétal grave mais ont en revanche bizarrement le temps de sortir constamment, de regarder des émissions idiotes à la télé, de se bourrer la gueule toutes les semaines, de passer leurs soirées sur tinder pour coucher avec n'importe qui, de consommer des dizaines de séries tv sur Netflix (qui toutes additionnés correspondent très certainement à une journée entière de visionnage de séries chaque semaine) et enfin comble de la stupidité ils ont désormais le temps de se rendre dans le parc le plus proche pour jouer à Pokémon Go et capturer des animaux fictifs sur leur smartphone... La vérité c'est que pour les hédonistes, les flemmards, les incultes ou tout simplement les indifférents, il n'y a JAMAIS de bon moments pour réfléchir et pour parler des choses réellement importantes.


Smartphone ou dumbphone?

Les utilisateurs de smartphones consultent leur appareil en moyenne toutes les sept minutes trente secondes. Comment les gens peuvent-ils alors réellement réfléchir à quelque chose, entamer une vraie discussion ou entreprendre quoi que ce soit de conséquent s'ils détournent l'attention toutes les sept minutes? En réalité, ils ne le peuvent pas. Il est aujourd’hui prouvé scientifiquement que les smartphones ont drastiquement fait baisser la moyenne d'attention de l'homme de quatre secondes, passant de douze secondes à huit secondes en seulement quinze ans. A titre comparatif, la moyenne de l'attention d'un poisson rouge est de neuf secondes. Et oui vous avez bien lu! Le poisson rouge a bel et bien un temps d’attention plus important que l’être humain qui se sert quotidiennement de son smartphone. Peut-on faire plus affligeant… L'attention selon Michel Desmurget, chercheur français spécialisé en neurosciences cognitives, c'est la colonne vertébrale de l'intelligence, sans attention rien ne fonctionne. L'attention est le chef d'orchestre dans le traitement de l'information qu'elle filtre pour ne se focaliser que sur l'essentiel en inhibant toutes les interférences. Le système attentionnel se développe tout au long de la vie mais si les fondations sont mal posées cet handicap vous suivra toute votre vie.

Le multitâche 

Toujours en rapport avec l'attention, notre société modernisée a également vu naître un autre facteur handicapant pourtant toujours présenté comme une révolution : le multitâche. Expression née avec l'informatique, que tous les industriels et mania des technologies mettent en avant, le multitâche s'avère bien plus néfaste que positif au développement de notre pensée. En plus de réduire notre temps d'attention et notre niveau de concentration, le multitâche fait grandement diminuer notre niveau de productivité. Pour illustrer le multitâche de manière simple et rapide, imaginez ceci. Mettez-vous à une table et commencez à rédiger une réflexion sur un sujet de votre choix. Dix minutes plus tard quelqu'un vient vous interrompre en vous parlant quelques minutes d'un sujet complètement différent. Une fois parti, vous recommencez à vous mettre à réfléchir sur votre sujet et là dix minutes plus tard une autre personne vient encore vous interrompre. Au bout d'une heure plusieurs personnes sont au final venues vous interrompre toutes les dix minutes. Refaite maintenant la même expérience mais imaginez cette fois que personne n'est venu vous interrompre. Comparez maintenant votre niveau de productivité sur les deux réflexions que vous venez de rédiger. La réflexion au cours de laquelle vous avez été maintes fois interrompue sera beaucoup moins détaillée, traitée, approfondie que celle ou personne ne vous à interrompu. C'est purement logique, plus vous mettez de barrières sur votre chemin, plus vous mettrez de temps à atteindre votre point d'arrivée. 

Personnellement j'ai fait des études de communication et en communication on nous apprend que les obstacles que nous rencontrons sont appelés des bruits. Ce terme regroupe tout ce qui va entraver et parasiter la compréhension d'un message entre l'émetteur et le récepteur. Force est de constater que plus il y a de bruit dans une communication moins le message est clair. Il en va de même avec avec notre réflexion et notre concentration. Plus vous interrompez votre réflexion première, en diminuant votre concentration en faisant du multitâche moins votre productivité sur cette réflexion sera bonne.

Cette même logique se retrouve même dans une loi physique, le principe de la chute libre, un exemple particulier de conservation de l'impulsion. La chute libre se produit quand là seule force appliquée à un objet est la gravité. Dès qu'un objet est lâché dans le vide, on dit de ce dernier qu'il est en chute libre. A partir du moment où ce dernier va heurter un obstacle, sa vitesse va immédiatement décroitre parce qu'une partie de son énergie cinétique sera transformée en déformation physique. Pourquoi la vitesse de l'objet décroit lorsqu'il rencontre un obstacle? Physiquement un objet qui tombe à la vitesse de la chute libre ne peut pas en même temps chuter à la vitesse de la chute libre et se briser sur un objet, c'est impossible. L'objet en chute libre ralenti en percutant un autre objet car il n'a précisément pas assez d'énergie pour faire les deux choses à la fois et bien c'est exactement pareil pour la pensée et l'attention ; si votre pensée rencontre un obstacle (une distraction ou bien plusieurs autres tâches qui surviennent pendant la réalisation de la première) la vitesse de cheminement de celle-ci se trouvera fortement diminuée.


La communication difficile et houleuse sur les réseaux sociaux

J'ai maintes fois pu remarquer que les réseaux sociaux fonctionnent très bien pour les gens qui se connaissent bien dans la vraie vie mais ne marchent pas forcément pour les personnes qui ne se connaissent pas ou peu. Le problème sur les réseaux sociaux c'est qu'il n'y a pas de ton, ce qui peut déclencher pas mal d'incompréhension et de disputes.

Lorsqu'un un message est transmis dans la vraie vie, plusieurs choses se passent. Il y a tout d'abord  le message verbal constitué de mots, mots ayant chacun du sens, ce qu'on va appelait la sémantique du message. Ce message verbal ne représente pourtant que 10% de la transmission du sens du message global. Les 90% restant font parti de la communication dite non verbale, ce langage du corps fait de gestes, de postures, d'attitudes physiques, de fluctuations de la voix (intonation, timbre, volume, débit d'élocution), d'expressions et de micro expressions faciales et corporels. Lorsque l'on transmet un message sur un réseau social, 90% de sa substance et de sa signification passent donc à la trappe. Avec l'absence de ton, l'absence physique de l'émetteur du message (aucun accès à son regard, à sa voix et aucun visu sur son visage, ses expressions, son attitude et ses gestes), le récepteur du message perd en effet toute chance de réellement saisir le message et peut donc interpréter les 90% restant comme bon lui semble. Voilà pourquoi les réseaux sociaux sont très souvent le théâtre de clash ou de vifs échanges qui dans la vraie vie n'auraient probablement jamais eu lieu.

Ce genre de réactions d'incompréhension ne se passent pas d'ailleurs que sur les réseaux sociaux. Dès l'école primaire, on constate par exemple que la plupart des bagarres violentes de cours de récréation sont régulièrement le fait d'échanges verbaux mal interprétés à cause d'une incompréhension sémantique. En clair une bagarre va se déclencher car il y a un décalage entre la signification du message de l'émetteur et la perception que le récepteur s'en fait.

Sur les réseaux sociaux cette incompréhension sémantique est comme nous venons de le voir très largement dû au fait que le message est incomplet à 90% et que le récepteur pense en saisir l'intégralité alors qu'il n'en n'a en réalité que 10%. Dans la vraie vie, une communication entre un émetteur et un récepteur comprend toujours la communication non verbale, l'incompréhension sémantique qui amènera à une dispute où à des violences sera alors dû à d'autres facteurs ; soit à un manque de vocabulaire, un manque de sagacité (donc manque de recul) ou une trop grande émotivité ou susceptibilité de la part d'un ou des deux protagonistes. La frustration due à la pauvreté du langage entraîne chez les ados diverses frustrations complexes et autres agacements inconscients qui finissent par se traduire en violences. Bien souvent le mauvais geste achève ce que le langage n'a pu mener au bout. Or développer son vocabulaire est quelque chose de fondamental, cela permet d'étendre l'horizon de ses connaissances du monde, c'est apprendre à comprendre son environnement, son histoire, ses valeurs afin de mieux vivre sa vie.

Dans les quartiers difficiles par exemple, on constate qu'il y a une absence totale de culture des livres. Les jeunes ne lisent pas. Or c'est principalement par la lecture que les humains nourrissent leur esprit, vont à la rencontre de l'autre, apprennent à connaitre les hommes, à bénéficier de leurs expériences pour ensuite réfléchir sur leur propre destin. Aujourd'hui beaucoup de jeunes des banlieux vivent avec quelques dizaines de mots à leur actif et font jouer souvent les mêmes termes et expressions pour des faits parfois extrêmement éloignés. La confusion par les mots de la perception d'événements pourtant radicalement opposés, brouille leur vision du monde et réduit des gravités extrêmes au niveau de faits dignes de l'anecdote. Ainsi les élèves d'un quartier sensible peuvent dire à leur professeur, qui leur donne des devoirs pour le lendemain : "C'est abusé monsieur!" et dire en même temps des terribles derniers attentats : "Oh c'est abusé!"  Moins une personne a de vocabulaire et de culture, moins elle a de recul et de nuances. Or communiquer efficacement nécessite sans cesse d'avoir du recul, de nuancer son propos, d'enrichir son discours et d'opérer des choix dans les termes utilisés.

Il n'y a pas que dans les quartiers difficiles que le langage s'est appauvrit, il s'est appauvrit dans toute la société. En 2013, 34% des enfants de CE2 ont échoué à l'évaluation des acquis en français (un test portant sur la lecture de consignes, la compréhension d'un texte court et la connaissance du vocabulaire de lecture et la maitrise de l'orthographe). A ce titre, bon nombre de personnes pensent d'ailleurs que le français est une langue complexe. Pourtant rien n'est plus faux, écrire une lettre de notre alphabet ne nécessite de connaitre en moyenne que deux à trois tracés séquentiels (un trait) ; le A possède trois tracés séquentiels, le B également, le E en possède 4 etc... En prenant en compte les 26 lettres de l'alphabet, les accents et la ponctuation, il faut connaitre pour écrire le français en minuscule entre 80 et 90 tracés séquentiels. Si on ajoute à ça les majuscules cela nous donne une moyenne de 180 à 200 tracés séquentiels à connaître pour savoir lire et écrire le français. Si on compare maintenant à l'Asie et plus précisément aux idéogrammes chinois, nous pouvons voir qu'il faut connaitre en moyenne 12 tracés séquentiels pour écrire un seul caractère chinois. Lire un journal en chinois requiert de savoir lire en moyenne 1800 caractères. 1800 caractères multipliés par douze tracés séquentiels cela nous donne à peu près 21 600 tracés séquentiels à connaitre pour écrire ou lire le chinois alors qu'il faut pour la langue française en connaître une moyenne de 200 c'est à dire même 1% de ce qu'un chinois doit apprendre pour savoir écrire et lire sa langue. On voit donc que le français n'a en réalité rien de difficile et que l'Education Nationale, qui ne fait que baisser le niveau pour éviter de s'attaquer aux vrais problèmes faillit totalement à sa mission.

Le test réalisé par le mouvement "Sauver les lettres" est un examen qui évalue tous les quatre ans en France depuis l'année 2000 un bon millier d'élèves de seconde sur une dictée et de la grammaire du brevet des collèges des années 1970 ou 1980. A la session 2008, à peine 14% des élèves obtenaient la moyenne et 58% d'entre eux ont obtenu la note de zéro alors qu'en 2000 "seulement" 27,95% des copies avaient obtenu cette note.

Certes le niveau des élèves ne se mesure pas qu'à leur seul score en orthographe mais le problème c'est qu'ailleurs, ce n'est pas forcément mieux. Prenez par exemple la lecture, l'évaluation PISA qui est l'évaluation commune des 30 pays de l'OCDE a enfoncé le clou en mesurant que la proportion de jeunes de 15 ans les plus en difficultés de lecture est passé de 15,2 à 21,7% entre 2004 et 2007. Sur une échelle où la moyenne est de 500 points, la compréhension de l'écrit des jeunes français est tombée de 508 points en 2000 à 488 points en 2006. La culture en mathématique est passé de 511 en 2003 à 496 en 2006.

L'étude intitulée "Lire, écrire, compter, les performances des élèves de CM2 à vingt ans d'intervalle 1987-2007" réalisée par la Direction de l'évaluation, de la prospective et de la performance (Deep) a conclu qu'en lecture "deux fois plus d'élèves (21%) se retrouvent en 2007 au niveau de compétences des 10% d'élèves les plus faibles de 1987. En orthographe, les 10,7 fautes moyennes de 1987 sont devenus 14,7 en 2007 et les 26% qui faisaient plus de 15 erreurs sont 20 ans plus tard 46%. Les compétences en mathématiques ne rééquilibrent rien puisqu'une baisse importance en calcul a eu lieu entre 1987 et 1997. Le constat est à de multiples niveaux sans appel, le niveau des élèves est moins bon en France qu'il y a 20 ans et 200 000 élèves sortent du système scolaire chaque année avec des lacunes fondamentales et 80% d'entre eux trainent ces lacunes depuis le primaire.

Tout cela ne concerne pas non plus que la France et pas non plus que les enfants, le langage s'est appauvri de manière générale dans toutes les sociétés modernes occidentalisés. Aux Etats-Unis par exemple, environs 50 millions d’américains ont le niveau de lecture d’un enfant de 10 ans. L’analphabétisation complète ou fonctionnelle touche le tiers de la population. Concernant les diplômés, le tiers des diplômés du secondaire ne liront plus un seul livre pour tout le reste de leur vie. En 2007, 80% des familles américaines n’ont ni acheté ni lu le moindre livre. Voilà vers quoi le monde se dirige, des générations de parfaits ignorants et satisfaits de leurs ignorance.

La Princeton review a analysé les débats électoraux ayant opposé Al Gore et George W.Bush en 2000, Bill Clinton, George Bush père et Ross Perot en 1992, John F. Kennedy et Richard Nixon en 1960, et Abraham Lincoln et Stephen A. Douglas en 1858. Les chercheurs ont ensuite comparé les transcriptions à l’aide d’un test de vocabulaire normalisé indiquant le niveau d’instruction minimal que doit posséder un lecteur pour comprendre un texte. Lors du débat Lincoln-Douglas, Lincoln a employé un langage dont la compréhension exige 11,2 années de scolarité, tandis que le discours de Douglas en demandait 12. Pendant le débat Kennedy-Nixon, les deux candidats ont parlé une langue accessible à une personne ayant cumulé 10 ans de scolarité. En 1992, les propos de Clinton obtiennent un score de 7,6 années, ceux de Bush père 6,8 et ceux de Perot 6,3. Les débats de 2000 obtiennent sensiblement les mêmes résultats, avec 6,7 années pour Bush fils et 7,6 pour Gore. 

Le langage est l'une des caractéristiques principales de l'intelligence humaine, c'est d'ailleurs la seule chose qui nous différencie vraiment des autres animaux et pourtant malheureusement, plus on avance dans le temps, plus le langage et les conversations dans les sociétés dites "modernes et avancées" s'appauvrissent.

Prenez le SAT, l'examen standardisé utilisé pour l'admission aux universités des Etats-Unis. L'examen prend la forme d'un questionnaire à choix multiples et doit être rempli en 3h45. Dans les années 60, la moyenne à ce test était de 550 puis s'est soudainement effondrée. En moins de 10 ans la moyenne du test a chuté de 10% et s'est ensuite stabilisée. Pendant plusieurs décennies personne n'a su expliqué pourquoi la moyenne de ce test standardisé avait baissé aussi drastiquement en l'espace d'une dizaine d'années. Que s'est-il passé? On a d'abord dit de manière raciste que c'était la faute des noirs qui rentrés tout juste dans les universités, puis on a ensuite accusé les hispaniques. Quand on a compris que ce n'était pas ça, il y a eu ensuite l'explication sexiste en disant que c'était la faute des femmes puis enfin ce fut à cause des professeurs et pour finir celle des livres scolaires.




Sachant que le langage se développe tôt, une psychologue américaine dont je ne me rappelle plus le nom s'est posée dans les années 90 la simple question suivante : Que s'est-il passé d'important au niveau sociétal à l'époque où le langage de ces enfants s'est développé? Elle s'est alors aperçue que lorsque la moyenne au test était de 550, les foyers américains ne possédaient pas encore de télévisions. Puis en sept ans ans seulement, la télévision était dans 75% des foyers américains et en 10 ans dans plus de 90% des foyers (ce qui est toujours le cas). Pour un ordre d'idées, la radio a mis plus de 50 ans à se démocratiser dans les foyers, le réfrigérateur 60 ans, l'automobile 80 ans et les livres plusieurs siècles. Avec le graphique 2, Michel Desmurget, chercheur français en neurosciences cognitives et directeur de recherche à l'INSERM met en parallèle les résultats au test SAT (graphique 1) avec le nombre de foyers possédants une télévision. On comprend alors très clairement que l'apparition de la télévision dans les foyers a été le facteur qui a fait chuté drastiquement le niveau de langage chez les enfants. On constate également que lorsque tout le monde a fini par posséder une télévision, le score au test n'a d'ailleurs plus jamais bougé. L'apparition de la télévision dans les foyers est aujourd'hui le seul facteur qui explique l'effondrement du langage.







Après la baisse de l'attention, de la concentration et du niveau de langage, on sait également aujourd'hui que le temps de réaction et le quotient intellectuel (Q.I) ont eux aussi fortement diminué. Des chercheurs de l'Université d'Amsterdam, de l'Université d'Umea en Suède et du College Cork au Royaume-Unis ont comparé des données anthropologies recueillies à la fin de l'époque victorienne avec des données actuelles. Selon leur étude, le temps de réaction moyen de l'homme en 1889 était de 183 millisecondes alors qu'il était de 253 millisecondes en 2004. L'écart est encore plus important chez les femmes, passant de 188 millisecondes à 261 millisecondes.  

Toujours selon ces chercheurs le QI aurait diminué de 1,23 point par décennie pour un total de 14 point depuis l'époque victorienne. Cette longue étude contredit alors "l'effet Flynn" qui affirmait jusqu'à lors que le quotient intellectuel augmentait au fil des siècles. Toutes ces informations se confirment lorsque l'on sait que d'autres études ont montré que le nombre d'inventions par habitants au 19e siècle été quatre fois plus important qu'aujourd'hui. On le réalise d'ailleurs très vite en consultant la petite lise sommaire des inventions et des grandes découvertes du XIXe siècle qui regroupe :

- l’électromagnétisme (Oersted, Ampère et Faraday),
- l'électricité avec le courant électrique (Ampère)
- la pile (Volta),
- l’ampoule électrique (Edison),
- la machine à vapeur (Watt),
- le bateau à vapeur,
- la locomotive,
- la propulsion par l'hélice (Ressel),
- le premier avion (Ader),
- la bicyclette (Michaux),
- les ondes radios (Marconi et Branly),
- le télégraphe (Morse),
- le téléphone (Bell),
- la découverte des rayons ultraviolets (Wilhelm Ritter),
- les rayons calorifiques appelées aujourd’hui infrarouges (Herschel),
- les rayons X (Röntgmen),
- la spectroscopie et l'analyse de la lumière solaire (Fraunhofer),
- la mesure de la vitesse de la lumière (Fizeau),
- la photographie (Niepce puis Daguerre),
- le cinéma (les frères lumières),
- le moteur à combustion interne dit moteur à explosion (Otto) aujourd’hui utilisé pour la propulsions de tous les véhicules de transport,
- la dynamite (Nobel),
- la mécanisation de l’agriculture avec les moissonneuses lieuse, l’égreneuse de coton,
- la presse rotative.
- la découverte des microbes et du vaccin contre la rage (Pasteur)
- la découverte du procédé de l'auscultation grâce à l'invention du stéthoscope (Laennec)
- la découverte de la radioactivité (Becquerel puis le couple Curie)
- la découverte de l'atome, de l'électron etc....


Sans oublier la naissance de riches mouvements artistiques comme le romantique, le réalisme ou l'impressionnisme qui trouvèrent leur expression dans la littérature mais aussi la peinture, la sculpture la musique ou encore l'architecture.



En résumé, l'attention, la concentration, le niveau de langage, le temps de réaction et le quotient intellectuel de l'être humain moderne ainsi que le nombre de découvertes et d'inventions sont en chute libre par rapport aux siècles précédents alors qu'on est censé évoluer et être dans une ère de progrès et personne ne semble s'en soucier. Tout ceci n'est pourtant pas étonnant puisque la société dans laquelle nous vivons est en majorité une société d'ignorants et d'égoïstes, une société de loisirs où la majorité des divertissements sont futiles et inconséquents, une société où règle l'individualisme, c'est à dire l'indifférence face aux problèmes des autres (tant que ceux-ci ne nous touchent pas directement), une société capitaliste où règne la recherche constante de l'intérêt personnel, la recherche constante du profit, l'accumulation de richesses et la mise en concurrence constante avec les autres individus (voir le prochain article).






FIN